
Pour faciliter la compréhension, je présente ci-dessous un arbre généalogique non exhaustif des familles concernées par cet article. Les personnes qui interviennent directement dans le récit sont indiquées en gras :
Mes arrière-arrière-grands-parents Gauthron de la lignée agnatique ont eu 4 enfants, dont l’aînée est décédée à l’âge de seulement deux jours :
Laurent Gauthron 1825-1911 & 1854 Marguerite Touret 1834-1922
- Marie Eugène Gauthron 1855-1855
- Marie Gauthron 1856-1891 &1875 Jean Baptiste dit Ernest MOUREY 1849-vers 1932
- Joseph MOUREY 1877-1941 & 1904 Adélaïde CHECHILLOT 1882-1925
- dont Jeanne MOUREY 1908-1984
- Marie Louise MOUREY 1881-1936 & 1901 Henri Poux 1872-1960
- Joseph MOUREY 1877-1941 & 1904 Adélaïde CHECHILLOT 1882-1925
- Pierre François Gauthron 1858-1914 &1904 Marie Devergnes 1856-après 1914 – sans enfant
- Joseph Gauthron 1863-1938 &1890 Marie Louise Besson 1867-1953
- dont René Gauthron 1893-1979 & 1922 Germaine Pingon 1900-1995
- dont Maurice Gauthron 1923-2016 & 1952 Geneviève Couly 1926-2024
- dont Robert Gauthron 1902-1976 & 1937 Tatiana Sonin 1921-2017
- Serge Gauthron 1943-2020 & 1966 XXX Le Granché
- dont Thomas Gauthron
- dont Thomas Gauthron
- Serge Gauthron 1943-2020 & 1966 XXX Le Granché
- dont René Gauthron 1893-1979 & 1922 Germaine Pingon 1900-1995
Ma branche descend de Joseph.

En 1891, sa sœur aînée, Marie, décède jeune, âgée de 34 ans, 10 ans après la naissance de son second enfant. J’ai noté dans mes dossiers, sans préciser la source, qu’elle serait morte de tuberculose. En tout cas, elle semble avoir été atteinte d’une maladie longue et sévère, puisque le dossier administratif des Eaux et Forêts de Joseph Gauthron indique que sa sœur était déjà malade en 1882.
CARAN – Eaux et Foret – Dossier J F Gauthron n° F 10 1858 – Photo Arnaud GIGUET 2338 – 1 avril 1882, Lettre de demande de dérogation d’Age pour le concourt de de garde forestier de Joseph – Extrait :
D’autre part le garde [Laurent] Gauthron, qui sera
prochainement atteint par la retraite, est
depuis plusieurs mois contraint, par une
maladie de sa fille ainée, à de pénibles sacrifices
et il serait à désirer qu’il pût être tenu compte
de sa malheureuse position.

Au XIXᵉ siècle, la tuberculose est l’une des principales causes de mortalité chez les adultes en Europe occidentale. Il n’existe alors ni vaccin ni traitement réellement efficace : le BCG, mis au point par Albert Calmette et Camille Guérin, ne sera utilisé pour la première fois qu’en 1921, tandis que la pénicilline ne sera découverte par Alexander Fleming qu’en 1928. Les premiers antibiotiques efficaces contre la tuberculose n’apparaîtront d’ailleurs que dans les années 1940.
Dans les formes pulmonaires actives et non traitées, les chances de survie sont faibles : on estime qu’environ un malade sur trois, seulement, est encore en vie dix ans après le début de la maladie. La tuberculose constitue donc un véritable fléau, souvent désigné à l’époque sous les noms de « phtisie » ou « phtisie pulmonaire », puis plus tard de « peste blanche ». Certaines estimations évoquent jusqu’à 150 000 décès par an en France, même si ce chiffre reste difficile à établir avec précision pour cette période.
Contrairement à certaines grandes maladies infectieuses qui peuvent emporter un malade en quelques jours, la tuberculose évolue souvent lentement, sur plusieurs mois, voire plusieurs années, alternant parfois périodes d’amélioration et rechutes. La forme la plus fréquente est la tuberculose pulmonaire. Le malade peut présenter progressivement :
- une toux persistante ;
- de la fièvre, souvent modérée ;
- des sueurs nocturnes ;
- une fatigue croissante ;
- une perte de poids importante ;
- parfois des crachats contenant du sang.
D’où le terme de « consomption » : on avait l’impression que la maladie « consumait » progressivement la personne.
Nous sommes malheureusement en présence d’une cause de décès commune chez les jeunes adultes de cette époque. Pour l’illustrer sans aller bien loin dans mon arbre généalogique, mon arrière-grand-père Alphonse Le Granché (1862-1948) avait lui-même survécu à la tuberculose, tandis que ses deux sœurs en étaient mortes très jeunes, à seulement 25 et 31 ans.
Cette terrible maladie n’épargnait aucune catégorie sociale. De nombreuses personnalités de cette époque en sont mortes très jeunes : la peintre Marie Bashkirtseff à 25 ans, l’écrivain Stephen Crane à 28 ans, le peintre Amedeo Modigliani à 35 ans, Anton Tchekhov à 44 ans ou encore Franz Kafka à 40 ans.
Je digresse sur la médecine du 19ème siècle, revenons à mes recherche. En novembre 2025, je reçois sur Geneanet un message pour le moins inattendu de Pascal Ivol (avec qui je n’avais jamais échangé avant) :

Quand quelqu’un vous propose spontanément un cadeau, il faut toujours se demander s’il n’y a pas une contrepartie cachée derrière. De plus la famille Mourey / Gauthron appartient à une branche cousine et non à ma lignée directe.
Je m’attendais à découvrir quelques lettres administratives assez sèches ou des cartes postales, évoquant la météo ou les banalités du quotidien, sans grand intérêt généalogique.
Comme je suis curieux, et que je comprends rapidement que mon interlocuteur est tout à fait sérieux et désintéressé, je le remercie pour son attention, lui communique mon adresse et lui propose naturellement de lui rembourser les frais d’envoi.
Il refuse que je le dédommage et, quelques jours plus tard, je reçois dans ma boîte aux lettres une petite enveloppe.
Ma surprise fut totale lorsque je découvris, à l’intérieur, 10 véritables lettres familiales, échangées entre les familles Mourey et Gauthron liées par Marie Gauthron épouse Mourey.
J’ai tout scanné et inventorié rapidement :

Pourquoi s’écrivent-ils ?
La famille Mourey vit à La Bretenière dans le Jura à proximité d’Orchamps. Joseph Gauthron, est originaire d’Étrepigney située à seulement 3,5 km de La Bretenière.


Il s’est éloigné du Jura pour suivre sa formation de garde forestier à l’École des Barres, à Nogent-sur-Vernisson (Loiret) où il resta jusqu’en 1893.

Cette correspondance permet simplement de maintenir le lien familial malgré cet éloignement géographique (presque 270 km).
Il s’agit de lettres reçues par Ernest Mourey. Il manque donc, inévitablement, l’autre moitié des échanges : les réponses qu’il envoyait aux Gauthron et qui sont, elles, restées dans la famille de ces derniers.
Même incomplète, cette correspondance est passionnante. Les lettres sont bien écrites et chacune apporte son lot d’informations, de détails ou de petits moments de vie. Surtout, elles abordent de vrais sujets : la religion, le travail, la famille, la maladie et la mort, les difficultés financières :
- Pierre François GAUTHRON qui raconte son expérience de prof de Mathématique à ses parents
- Joseph MOUREY, fils d’Ernest, qui a la vocation ecclésiastique et en discute avec son oncle
- La suite de son histoire montre cependant qu’il n’a finalement pas suivi cette voie, puisqu’il a eu des descendants 😅 dont certains avec qui je corresponds aujourd’hui
- Le décès de Marie GAUTHRON à 34 ans de longue maladie
- Joseph MOUREY au service militaire qui échange avec son oncle Gauthron (mon arrière arrière grand père) ou son père.
- ….
Autant de thèmes qui donnent une profondeur très concrète à ces ancêtres et permettent de mieux comprendre leur quotidien, leurs préoccupations et leurs relations.
De nombreuses lettres mériteraient d’être partagées et publiées. Je commence ici par celle particulièrement émouvante, écrite par Joseph Gauthron à son beau-frère, Ernest Mourey, à la suite du décès brutal de Marie Gauthron. Elle est à la fois un témoignage de deuil, de reconnaissance et de profonde inquiétude pour l’avenir d’Ernest et de ses enfants.
Dans cette lettre du 3 juin 1891, Joseph Gauthron exprime toute la douleur que lui cause la mort de sa sœur Marie. Il se souvient avec émotion de leur dernière étreinte, l’année précédente, alors qu’elle était déjà amaigrie par de longues souffrances, sans imaginer qu’il ne la reverrait plus.
Il témoigne surtout une profonde reconnaissance à son beau-frère, Ernest Mourey, qui a, selon lui, « sacrifié une partie de [sa] vie pour sauver la sienne [Marie Gauthron] ». Joseph lui assure qu’il restera pleinement intégré à la famille Gauthron et qu’il pourra toujours compter sur leur soutien. Il l’exhorte également à ne pas se laisser abattre, notamment pour ses jeunes enfants qui ont désormais particulièrement besoin de lui.
Une grande partie de la lettre est consacrée à la santé. Joseph conseille vivement à Ernest de se ménager, de ne pas sacrifier sa santé au travail ou à la recherche de quelques économies supplémentaires et, surtout, de consulter rapidement un médecin en cas de maladie. Il estime en effet que le retard dans la prise en charge médicale de Marie a constitué « le plus grand mal » de sa sœur, « voire même la cause de sa mort ». Il oppose cette attitude à celle qu’il a lui-même adoptée quelques semaines auparavant lors de l’accouchement difficile de son épouse Marie Louise : malgré le coût important, il avait immédiatement fait venir un médecin, ce qui, à ses yeux, avait permis de préserver la santé de sa femme et de leur nouveau-né Maurice (1).
Joseph se montre assez critique envers ses parents, auxquels il reproche d’avoir trop souvent attendu avant de recourir à un véritable médecin, préférant parfois des soins moins qualifiés avant de se décider, trop tard, à engager les dépenses nécessaires. Il regrette également avec amertume de n’avoir été informé du décès de Marie suffisamment rapidement pour pouvoir assister à ses obsèques.
Malgré la tristesse qui domine la lettre, Joseph cherche enfin à tourner le regard vers l’avenir. Il félicite son neveu (qui est probablement aussi son filleul) Joseph Mourey pour l’obtention de son certificat d’agriculture et promet de l’aider plus tard à trouver une situation s’il en a la possibilité. Il donne également quelques nouvelles de sa propre famille et de sa carrière, puisqu’il doit passer un concours au mois d’août.
Cette lettre révèle ainsi, au-delà de l’affection très forte unissant les membres de la famille, les conséquences durables de la maladie et du décès de Marie, mais aussi les préoccupations très concrètes de l’époque concernant l’accès aux soins, leur coût et la tendance à retarder l’intervention d’un médecin.
Enveloppe de cette lettre :

Monsieur Mourey Ernest
Propriéataire
à la Bretennière
Par Orchamps Jura
L’enveloppe est bordée d’un encadré noir, caractéristique des courriers de deuil de cette époque.
Première page :

Transcription intégrale de la lettre, page par page, pour les amoureux du vieux français. Sinon, vous pouvez sauter cette partie et poursuivre directement la suite de l’article :
Page 1
Nogent-sur-Vernisson le 3 juin 1891
Cher Ernest
Je réponds sans plus tarder
à votre aimable lettre.
Vous ne sauriez, mon cher ami,
vous faire une idée combien
m’a frappé la mort de ma
pauvre soeur. Je n’aurai certainement
jamais cru, l’année dernière à
mon départ, lorsqu’elle me serrait encore
dans ses bras déjà amaigrie par de
trop longues souffrances que ce serait
le dernier baisé, la dernière étreinte
que je recevrais d’elle ; Si ma
douleur est telle, cher Ernest, qu’elle
ne doit pas être la vôtre ? Vous qui
avez sacrifié une partie de votre
vie pour sauver la sienne.
Oh, n’en doutait pas, jamais
votre famille n’oubliera le dévouement
page 2
dont vous avez fait preuve en
cette circonstance. Mes parents vous
ont toujours considéré et vous considéreront
toujours [comme] un fils et mon frère et moi
comme un frère. Quelle que
soit votre douleur, ayez confiance
en nous, nous vous aiderons de tout
ce que nous pouvons. Ne vous
laissez pas abattre, comptez beaucoup
sur la providence, elle est puissante
et ne vous abandonnera pas. Songez
aussi que vous avez des enfants bien
jeunes encore et qu’ils ont besoin de
vous. Je n’hésiterai donc pas à
vous dire soignez-vous, tout en faisant
votre petit ouvrage, mais n’abusez
pas de votre santé. A quoi vous servira
Dieu d’amasser 2 ou 3 milles
francs de plus (« à vos enfants » barré) si vous
vous abrégez vos jours. Vous avez
suffisamment pour vivre à votre
aise en travaillant votre petit bien
page 3
(Patience et longueur de temps force plus
que fou n’y que rage) a dit Lafontaine.
Si donc quelquefois dans le cours
de votre vie, il vous arrivait quelque
indisposition, n’hésitez pas à vous
faire soigner sans délai par des hommes
autorisés, ne regardez pas à la dépense
d’un moment, qui pourra presque
toujours vous délivrer de bien grandes
souffrances. Pour moi là a été
le plus grand mal de ma sœur, voire
même la cause de sa mort.
Ainsi j’ai Louise qui a été très
malade pour accoucher de son bébé (1),
comme vous le savez, croyez-vous que
j’ai hésité un seul instant à faire
venir le médecin ? Certainement non
Ca m’a coûté cher, il est vrai (130,00 (2))
mais je ne le regrette pas, car ma
femme au lieu de trouver la
mort ou de très grandes souffrances
à la suite de cet accouchement, est
actuellement en pleine santé
ainsi que son bébé
(1) 27 mars 1891, naissance de Maurice Constant Joseph Gauthron
(2) approximativement plusieurs centaines d’euros actuels en pouvoir d’achat
page 4
C’est toujours ce que je me suis
évertué de dire à mes parents, mais ce
qu’ils n’ont jamais voulu comprendre :
Ils attendent, ils attendent encore
……… on va près d’un brocanteur
qui pour vous raccommoder un
bras vous casse l’autre ou
quelque chose du même genre,
ensuite après bien des souffrances,
on trouve la situation mauvaise,
on veut faire des sacrifices, mais
bien souvent il est trop tard,
et l’on double ou l’on triple la dépense
que l’on aurait faite préalablement.
En général quand une indisposition
paraît sérieuse on doit la soigner.
J’ai infiniment regrette ne pas
avoir appris assez tôt la mort
de Marie, J’aurais fait mon
possible pour m’y rendre,
Je ne me pardonne pas cela à Papa.
Je suis convaincu que mon frère
y serait certainement venu
également et qu’il ne sera pas
satisfait non plus de n’avoir
pas été prévenu assez tôt.
suite page 1 dans la marge
Du courage donc, cher Ernest, et croyez toujours
à tous nos sentiments les plus fraternels.
Louise et Maurice vous envoie à tous un gros baisé
suite page 2 dans la marge
Je suis très content que Joseph ait obtenu son certificat
d’agriculture, qu’il travaille toujours et si plus tard, Il est en mon
pouvoir de le caser, Je ferai tout mon possible.
suite page 3 dans la marge
Je suis admis à concours cette année, mais je ne sait pas encore
l’époque exacte à laquelle je passerai mes examens, ce sera probablement
autour du 20 août. Je vous en informerai plus tard lorsque je serai
avisé moi-même. Merci infiniment pour vos prières, je ne doute pas de leurs
bons effets
Passée l’émotion de la lecture de ces lettres, une question m’est immédiatement venue à l’esprit : par quel petit miracle cette correspondance était-elle parvenue jusqu’à moi ?
J’ai demandé à Pascal Ivol s’il était lui-même un descendant des Mourey, ou un proche de l’un de leurs descendants. Pas du tout. Il m’a simplement expliqué qu’il est Jurassien, originaire d’Étrepigney, la commune natale des Gauthron. Il s’intéresse également aux forêts et aux gardes forestiers, métier exercé par Laurent Gauthron puis par son fils Joseph.
Passionné de vieux papiers, il a pris l’habitude d’acheter, dans les brocantes et vide-greniers de la région, les anciennes lettres abandonnées. Il les étudie, reconstitue leur contexte et tente d’identifier les familles concernées. Lorsqu’il retrouve des descendants qui pratiquent eux-mêmes la généalogie, il prend contact avec eux, comme ce fut le cas avec moi.
Ceux qui se montrent intéressés — finalement assez peu nombreux, d’après son expérience — reçoivent alors très généreusement de sa part les lots de correspondance qu’il a retrouvés. Sans lui, ces lettres auraient probablement terminé dans les archives privées d’un collectionneur de vieux papiers ou de timbres, sans jamais revenir dans la famille.
Restait une autre question : comment ces lettres étaient-elles, elles-mêmes, arrivées chez un brocanteur ?
Après avoir étudié la descendance d’Ernest Mourey, l’hypothèse qui me paraît la plus vraisemblable est qu’elles aient appartenu à sa petite-fille, Suzanne Poux (1902-1987). Elle n’avait ni enfant, ni frère ni sœur. Aurait-elle hérité de la correspondance de son grand-père en la conservant toute sa vie ? Son décès a pu constituer le moment où ces documents sont sortis de la famille.
Ses héritiers, probablement des cousins plus éloignés, avaient sans doute moins d’attachement sentimental à ses affaires personnelles. Après avoir conservé les objets qui leur paraissaient de valeur, ils ont pu vendre ou confier le reste du contenu de son logement à un professionnel chargé de le vider. Ces entreprises revendent ensuite tout ce qui peut encore avoir une petite valeur à des brocanteurs, antiquaires ou marchands spécialisés. Ce cycle s’est peut-être reproduit 1 ou 2 fois avec un premier acheteur à la fin des années 1980, dont les archives ou les collections ont elles-mêmes pu être revendues, plusieurs décennies plus tard, après son décès. C’est ainsi que ces lettres ont peut-être commencé leur long chemin jusqu’à Pascal Ivol, puis jusqu’à moi.
Nous avons finalement beaucoup de chance qu’elles aient suivi ce parcours. Lorsqu’un logement est directement trié par les descendants, les vieux papiers, dont la valeur n’est pas toujours immédiatement perceptible, finissent malheureusement très souvent à la poubelle. Ici, une succession de hasards et surtout la curiosité d’un passionné leur a permis de survivre et, plus de cent ans après leur rédaction, de revenir dans la famille.
Dans la même enveloppe se trouve également une courte page d’accompagnement, elle aussi très émouvante, écrite par Marie-Louise Besson, l’épouse de Joseph Gauthron.
Page recto
Cher [beau-]frère [Ernest MOUREY] et chers petits
Joseph [MOUREY 1877-1941 fils d’Ernest],
Je n’ai pas le loisir
de vous en mettre bien long, mais
je ne veux pourtant pas laisser
partir cette lettre sans vous envoyer
mes condoléances les plus sincères
Je compatis grandement à votre
douleur et je vous plains de tout
mon coeur. Ne vous laissez néanmoins
Page Verso
Pas trop abattre et armez
vous de courage. Vous avez des
parents qui vous aiment, et parmi
ceux-là, nous comptons bien être
les premiers. Je vous embrasse
donc bien tendrement, chers frère
et toi, mon cher petit Joseph,
console ton papa, comme tu
l’as déjà fait sans doute, c’est là
une de tes premières tâches.
Votre [belle-]soeur et votre tante affectionnée
Marie Louise Gauthron
Un grand MERCI 🙏 à Pascal IVOL pour son précieux cadeau 👏
Epilogue

Lorsque je me suis rendu au cimetière d’Étrepigney en 2023, j’ai eu l’incroyable surprise de découvrir intacte la tombe de Laurent Gauthron et de son épouse Marguerite Touret, alors qu’ils étaient décédés depuis bien plus d’un siècle. Il était très surprenant de retrouver ces noms gravés aussi lisibles malgré l’érosion naturelle.
Cette tombe m’a longtemps intrigué. J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait bien de la même sépulture que celle dans laquelle Ernest Mourey avait été inhumé en 1932, donc bien après le décès des époux Gauthron. Pourtant, leurs noms ne figuraient pas sur le monument funéraire ?


Je ne comprenais pas non plus pourquoi Maurice Gauthron (1923-2016), arrière-petit-fils de Laurent Gauthron, avait photographié la tombe d’Ernest Mourey et surtout pourquoi il avait conservé cette image dans son album familial. Ernest n’était après tout pour lui qu’un grand-oncle par alliance, mort alors qu’il n’avait que 9 ans.

En réalité, la photographie montre qu’Ernest Mourey n’était probablement pas le sujet principal. Sa plaque est même partiellement hors cadre. Maurice a surtout centré sur l’ensemble de la sépulture, celle qui représentait à ses yeux ses arrière-grands-parents, Laurent Gauthron et Marguerite Touret.

En prenant un peu de recul, j’ai fini par mieux comprendre la situation.
Une belle plaque de marbre récente recouvrait le caveau familial, avec comme occupante mentionnée Jeanne Mourey (1908-1984), petite-fille d’Ernest Mourey et de Marie Gauthron, et donc arrière-petite-fille de Laurent Gauthron et Marguerite Touret.

Célibataire et sans enfant, Jeanne a probablement repris la concession familiale. On peut raisonnablement supposer que Marie Gauthron y avait elle aussi été inhumée, aux côtés de ses parents. Cela expliquerait que son mari ait ensuite choisi de la rejoindre dans cette sépulture.
Il est également probable que Jeanne, dans les années 1970 / 80 ait fait réaliser des travaux de rénovation devenus nécessaires avec le temps. Je pense que c’est à cette occasion qu’elle a demandé que les noms et les dates de ses arrière-grands-parents, vraisemblablement à l’origine de ce caveau familial, soient inscrits (ou réinscrit) sur la sépulture.
Ce tombeau demeure ainsi le symbole tangible de l’union forte qui liait les familles Gauthron et Mourey.
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