
Article « Une énigmatique réunion de famille » publié dans la revue les Cahiers de Généa50 N°4 d’avril 2022 par Thomas Gauthron & mise à jour en juin 2026
Pour se mettre dans le contexte, la première « vraie » photographie date de 1826 avec l’héliographe de Nicéphore NIEPCE. Louis DAGUERRE, qui travaille avec NIEPCE, perfectionne le processus et crée en 1839 le daguerréotype bien plus performant. Pendant plusieurs décennies les appareils photo s’améliorent, le négatif voit le jour ce qui permet de démocratiser les photos
Bien avant que je plonge dans la généalogie, j’avais déjà la sensibilité des photos et en particulier celles de mes ancêtres. Enfant, je me rendais parfois en vacances dans ma famille à Cherbourg.
Ma tante Monique Le GRANCHÉ, la généalogiste de la famille, conservait et rassemblait documents, photos et albums de famille (archives qu’elle m’a généreusement transmises en 2015 pour que je reprenne le flambeau de la généalogie familiale).
Elle m’a fait découvrir notre plus ancienne photo de famille Le GRANCHÉ de Cherbourg datant de la fin du 19ème siècle.
Je vais vous compter son énigme que j’ai mis, étape par étape, près de 7 ans à résoudre.


Fin du 19ème siècle, nous sommes encore au tout début de la photographie commerciale. Les particuliers ne possédaient pas d’appareil photo, les rares photos de famille étaient un luxe car il fallait s’offrir une séance privée avec un photographe professionnel qui disposait de matériel couteux. Ce n’était pas encore une pratique répandue, peu de contemporains ont la chance d’avoir une photo de famille aussi ancienne. Cela était réservé aux personnes aisées (une photo de famille pouvait être le symbole de la réussite sociale) lors d’événements mémorables :
-mariage, baptême ou même décès car parfois les morts étaient
-photographiés pour que leurs proches se souviennent d’eux.
Cela représentait toujours un moment solennel pour la famille et chacun se présentait avec sa plus belle tenue. Le placement et la pose étaient guidés par le photographe. Par exemple, il demandait de ne pas bouger ni sourire pour ne pas être flou à cause du long temps de pose nécessaire. Le tirage était relativement moins onéreux.
Une fois la meilleure photo sélectionnée, elle était développée en de multiples exemplaires, elle s’offrait à la famille, aux amis et parfois elle était utilisée comme carte postale souvenir.
Cela se vérifie dans notre famille, nous avons retrouvé 3 ou 4 exemplaires avec différentes tailles d’agrandissement de cette ancienne photo alors qu’il faut attendre environ 13 ans pour apercevoir une nouvelle photo représentant une Le GRANCHÉ … Andrée Le GRANCHÉ (1894 – †1977) demie sœur de mon grand père.
Revenons à notre photo qui ne semble pas liée à un événement religieux. Comme il est de tradition, elle représente le noyau de la famille. Tout le monde se connaissait et personne ne voyait l’utilité de marquer les noms ou prénoms des protagonistes au dos de la photo et encore moins la date (cela reste très vrai de nos jours) !
Ici, il s’agit de la famille d’Alphonse Le GRANCHÉ, artisan horloger, bourgeois de Cherbourg. Pour cet article il sera dit Alphonse « père » pour le distinguer de son fils homonyme qui sera appelé Alphonse « fils ».
En 1881 un acte nous apprend qu’il habitait au 17 rue Notre Dame à Cherbourg (adresse actuelle du restaurant « La Cocotte du Cotentin ») mais difficile d’affirmer que cette photo a bien été prise dans l’arrière-cour du lieu ?
Le sol sale est visible avec ce qui semble être des petites flaques d’eau, cela exclut clairement le studio de photographe.

Dans les années 1970, la mémoire de la famille de cette époque s’évaporant, mon grand-oncle Gérard Le GRANCHÉ (1925-†2017), petit-fils d’Alphonse (père), entreprend d’identifier les membres photographiés. Il avait analysé cette photo avec les éléments dont il disposait presque un siècle après la prise.
Il a probablement d’abord replacé les personnes que lui, ses 2 grands frères et surtout sa demi-sœur plus âgée Andrée Le GRANCHÉ (1894-†1977), avaient physiquement connues :
- son père Alphonse (fils) Le GRANCHÉ alors jeune et encore célibataire
- son grand père Alphonse (père) Le GRANCHÉ à sa droite
- Tout à gauche sa grand-mère Lise DELESNERAC de Meniville épouse d’Alphonse (père)


Tous les autres membres de cette génération sont morts quelques années après la photo sans aucune autre photo connue d’eux. De sorte qu’aucune personne contemporaine de Gérard n’avait connaissance de leurs visages
Le récit familial indique que Pierre Aimable (appelé simplement Aimable) Le GRANCHÉ (1810-†1887), ancien perruquier parfumeur, 2 fois veuf, père de Alphonse (père) et d’une fille nommée Ernestine est présent sur la photo. Il est facilement reconnaissable en bas à droite assis sur une chaise juste devant son fils, en position de patriarche. Gérard est ensuite naturellement parti du principe que toute la famille est présente au complet ce jour-là. Amand Le GRANCHÉ est forcément le petit garçon au 1er rang, 2ème position (puisque seul petit garçon de la famille)


Amand est dramatiquement mort en 1881 à 12 ans et demi victime d’un coup de sabot de cheval chez le maréchal-ferrant qui exerçait en face de chez eux au 18 rue Notre-Dame (à l’emplacement de l’actuel parking « Notre-Dame »). Cela aide à dater, l’enfant sur la photo semble avoir entre 8 et 10 ans, l’événement serait d’environ 1878 / 1879 !
Ensuite c’est un puzzle, il suffit de replacer les personnes de façon la plus cohérente possible. Il existe 2 filles dans le foyer, une grande et une plus petite donc pas de confusion possible. La dame plus âgée assise doit être Louise LECOURT veuve et mère de Lise DELESNERAC qui pose ses mains sur elle.
Ci-dessous l’arbre de la famille au moment de la photo déduit par Gérard avec écrit en noir les personnes vivantes lors de la photo et en gris ceux déjà décédées. Je rajoute une pastille bleue comportant l’âge approximatif des personnes lors de cette séance photo.

Je suis satisfait d’avoir une photo résolue, mais il reste des détails qui me dérangent et en 2014 je pousse un peu l’analyse. Amand a 3 ans et demi de plus que sa petite sœur Ernestine. Or en regardant la photo j’aurais tendance à penser que la petite fille est bien plus âgée. Peut-être qu’Amand, à qui on donnerait 8 ans sur la photo, n’est pas bien développé est avait en réalité 12 ans… donc photo de 1881 ? Alors sa sœur aurait 8 ans et demi, elle, par contre, aurait eu une croissance très précoce.
Mais pourquoi pas, mon oncle Gérard avait dû se poser les mêmes questions et avait peut-être des éléments que je n’ai pas. S’il avait conclu ainsi, c’est que les 2 enfants avaient eu juste des croissances différentes !


Je dispose d’outils que n’avait pas Gérard dans les décennies précédentes. Avec la photo numérisée en haute qualité et les outils de nettoyage/correction de photos, j’ai la possibilité de zoomer (car la photo est de petite taille en réalité). Je m’intéresse au visage de Louise LECOURT âgée de 65 ans.
C’est toujours difficile de donner un âge à une dame bien apprêtée, mais visuellement elle correspond d’avantage aux critères des 30 à 40 ans … en tout cas pas plus de 45 ans !!
Là-dessus, je comprends qu’il y a erreur et je recherche qui pourrait être cette personne. Je balaye toutes les vieilles photos de famille et je trouve une personne ressemblante sur une photo de 1904. Je mets les 2 photos côte à côte et malgré la différence d’âge, les 2 photos ont plus de 20 ans d’écart, je suis quasi certain que c’est la même personne. Tout colle, même forme et traits du visage, mêmes yeux, nez, bouche, oreilles … même regard et même sourire.


Quand je comprends que cette personne est Ernestine Le GRANCHÉ (épouse LESACHER à ne pas confondre avec son homonyme fille d’Alphonse (père) Le GRANCHÉ), 33 ans en 1879, jeune sœur d’Alphonse (père), mes derniers doutes s’envolent.
Finalement qu’Alphonse (père) invite sa sœur unique pour être sur la photo avec leur père Aimable Le GRANCHÉ parait bien normal.
Je suis heureux, l’erreur est corrigée !!

4 années passent et mes recherches généalogiques continuent de me faire voyager dans la vie de mes ancêtres. Vous allez vite comprendre qu’une recherche permet parfois d’en débloquer une autre. Fin 2018, je m’intéresse aux instruments de musique de la famille Le GRANCHÉ.
Mon grand-père André Le GRANCHÉ (1911-†1992) y fut très jeune initié, notamment le violoncelle (cf photo de lui en 1913 âgé de 2 ans). D’après ma famille il n’était pas très doué, contrairement à son grand père Alphonse (père) et son père Alphonse (fils). Ce dernier donnait des cours (il est dit « Professeur de musique » lors de son mariage en 1911) et participait à des concerts (notamment au théâtre de Cherbourg). Alphonse (fils) était donc un virtuose du violon.
Ma tante Monique Le GRANCHÉ me confie qu’au début il avait commencé par la flûte, sans se souvenir de quelle type, mais que l’instrument lui avait procuré de fortes irritations à la bouche. Il fut contraint de renoncer à son instrument et passa au violoncelle avec succès !
Je me mets en quête de trouver des documents et photos d’Alphonse avec un instrument de musique. J’ai peu de photos de lui, je les repasse toutes en revue. Je retrouve notre vieille photo de famille … et aucun doute c’est lui avec un hautbois !!

Quel bonheur de (re)découvrir son bisaïeul avec son premier instrument de musique !
En regardant bien la photo un nouveau détail m’interpelle. Son vêtement contient des épaulettes et, si je ne suis pas expert, cela me fait penser à une tenue militaire.

Je cherche, trouve et étudie sa fiche militaire. J’apprends qu’il est engagé volontaire au 25ème de ligne, arrivé au corps et incorporé le 9 mars 1883 sous le n° matricule 319 en tant que soldat musicien.

Je consulte Patrick SPIROUX, fin connaisseur des armées de l’époque qui me confirme :
« sans me tromper votre ancêtre était musicien au sein du 25e Régiment d’infanterie de Cherbourg et il jouait du hautbois. On distingue bien le chiffre 25 sur les pattes de collet de la veste de l’uniforme »
Et effectivement en zoomant encore plus fort je distingue moi aussi les chiffres 25 sur la photo


Archives départementales de la MancheFiche militaire de Alphonse (fils) Le GRANCHÉ
Cette nouvelle découverte est essentielle. Si Alphonse (fils) porte une tenue militaire, la photo ne peut pas dater de 1878 ou 1879 comme déduit, mais d’après 1883 avec son incorporation. Le jeune garçon Amand †1881 ne peut pas être présent… il faut tout reprendre et tout revoir !
Nous savons, grâce à sa fiche militaire, qu’Alphonse (fils) a quitté le 25ème régiment le 22 septembre 1887, donc la photo a été prise entre mars 1883 et septembre 1887.
Peut-on encore réduire cet intervalle ?


Alphonsine, la fille ainée d’Alphonse (père), ressemble plus à une femme qu’une jeune fille de 18 ans. Elle se marie le 12 janvier 1884 et meurt de la tuberculose en 1886. Comme son mari est absent de la photo et qu’ils sont partis vivre à Paris, il est quasi certain que la photo date d’avant son mariage donc de 1883 (entre mars et décembre).
Les tenues sont assez légères il est probable que la prise soit entre le milieu du printemps et fin de l’été. Je finis par me poser intérieurement la question : « quel événement a provoqué cette envie d’immortaliser la famille ? »
Peut-être le choc du décès d’Amand en 1881 ? Le fait qu’Aimable soit vieux avec potentiellement peu d’années à vivre (effectivement il meurt en 1887) ? L’approche du mariage d’Alphonsine en janvier 1884 et donc son départ définitif du foyer ? ou tout simplement un anniversaire … peut-être un mélange des 4 ?
Continuons avec Ernestine, fille d’Alphonse (père), 11 ans et demi à la mi 1883 ce qui répond bien au caractère physique de la jeune pré-adolescente à côté du petit garçon. Elle est restée célibataire et meurt 20 ans plus tard (le 2 septembre 1903 âgée de 31 ans) de la tuberculose.
Nous avons maintenant presque tout le monde sur la photo de 1883 avec les âges qui correspondent bien.
Mais qui est ce petit garçon qui nous pose tant de difficultés ? Finalement, comme il est placé à côté d’Ernestine épouse LESACHER, il pourrait tout simplement être un de ses fils. Le seul de ses fils compatibles avec l’âge de la photo est Ernest LESACHER (8 ans en 1883).
En creusant la piste je découvre que son parrain n’est autre que son oncle Alphonse (père) Le GRANCHÉ. La logique voudrait que ce petit garçon soit bien Ernest LESACHER … mais pas de certitude. Il faudrait retrouver des photos d’Ernest LESACHER †1946 pour lever le doute.
J’essaye de me mettre dans la tête de mon ancêtre Alphonse Le GRANCHÉ et j’imagine un scénario possible. J’ai 46 ans mes enfants grandissent vite, je souhaite organiser ma première photo de famille. J’en ai les moyens. d’autant que ma femme vient probablement d’hériter de sa tante parisienne Palmyre Eugénie Lecourt 1806 – 15 juin 1883. Mon père âgé habite chez moi et ma fille ainée va bientôt se marier et quitter le domicile. Je veux garder un souvenir de ma famille au complet. Je pense et invite ma sœur à venir le jour de la séance photo ce qu’elle accepte. Elle n’a probablement aucune photo de son père ni de son frère. Elle habite loin, à Rambouillet en région parisienne. Elle ne peut pas venir avec sa famille au complet. En 1883, elle est mère de 2 adolescents de 16 et 18 ans qui ont peut-être d’autres choses à entreprendre que le voyage à Cherbourg, une petite fille de 6 ans peut être trop jeune pour ce long trajet et Ernest, âgé de 8 ans, qui n’a pas vu son parrain depuis longtemps et peut facilement faire le voyage sans être un poids pour sa mère !
Avec un autre généalogiste amateur, Pierre AUVRAY, cousin par les LESACHER, nous traquons les descendants de nos LESACHER. Dès que l’un fait une découverte il la partage avec l’autre et nous échangeons 3 ou 4 fois par an à ce sujet. Fin 2021, il m’apporte certaines d’informations nouvelles sur cette famille mais nous n’avons toujours pas trouvé un seul descendant vivant de nos LESACHER… d’ailleurs y en a-t-il ? Je rebalaye cette branche et je finis par me rendre compte que cette famille a beaucoup d’événements sur La Guerche-de-Bretagne, comme son nom l’indique en Bretagne.
Un peu coincé et désespéré, je sais que LESACHER avec cette orthographe précise n’est pas très courant, je teste simplement sur les moteurs de recherche « LESACHER » avec « Guerche-de-Bretagne ». Je découvre rapidement un ouvrage « La Guerche-de-Bretagne et ses environs » écrit par un certain Alain-François LESACHER. Difficile de croire au hasard, donc je me mets en quête d’informations sur cette personne qui par chance dispose d’une fiche
rganiser ma première photo de famille, j’en ai les moyens. Mon père est âgé, peut être habite-t-il déjà chez moi (en tout cas son adresse à son décès) et je veux garder un souvenir de lui. Je pense et invite ma sœur à venir le jour de la séance photo ce qu’elle accepte. Elle n’a probablement aucune photo de son père ni de son frère. Elle habite loin, à Rambouillet en région parisienne. Elle ne peut pas venir avec sa famille au complet. En 1883, elle est mère de 2 adolescents de 16 et 18 ans qui ont peut-être d’autres choses à entreprendre que le voyage à Cherbourg, une petite fille de 6 ans peut être trop jeune pour ce long trajet et Ernest, âgé de 8 ans, qui n’a pas vu son parrain depuis longtemps et peut facilement faire le voyage sans être un poids pour sa mère !
La logique voudrait que ce petit garçon soit bien Ernest LESACHER … mais pas de certitude. Il faudrait retrouver des photos d’Ernest LESACHER †1946 pour lever le doute.
Avec un autre généalogiste amateur, Pierre AUVRAY, cousin par les LESACHER, nous traquons les descendants de nos LESACHER. Dès que l’un fait une découverte il la partage avec l’autre et nous échangeons 1 ou 2 fois par ans à ce sujet. fin 2021, il m’apporte certaines d’informations nouvelles sur cette famille mais nous n’avons toujours pas trouvé un seul descendant vivant de nos LESACHER… d’ailleurs y en a-t-il ? Je rebalaye cette branche et je finis par me rendre compte que cette famille a beaucoup d’événements sur La Guerche-de-Bretagne, comme son nom l’indique en Bretagne. Un peu désespéré d’être coincé, je sais que LESACHER avec cette orthographe précise n’est pas très courant et je teste simplement sur les moteurs de recherche « LESACHER » avec « Guerche-de-Bretagne ».
Un peu coincé et désespéré, je sais que LESACHER avec cette orthographe précise n’est pas très courant, je teste simplement sur les moteurs de recherche « LESACHER » avec « Guerche-de-Bretagne ». Je découvre rapidement un ouvrage « La Guerche-de-Bretagne et ses environs » écrit par un certain Alain-François LESACHER. Difficile de croire au hasard, donc je me mets en quête d’informations sur cette personne qui par chance dispose d’une fiche

Je découvre son parcours professionnel et politique bien rempli et je comprends qu’il est directeur du lycée hôtelier de La Guerche-de-Bretagne. J’écris à cet établissement en expliquant ma recherche. Quelques jours plus tard c’est directement Monsieur LESACHER qui me répond et m’indique que la généalogie l’intéresse fortement et propose qu’on s’appelle pour partager nos connaissances.
Je lui parle de cette veille photo de 1883, il m’apprend qu’il est le petit-fils d’Ernest LESACHER. Il m’envoie plusieurs photo et je trouve des vrais similitudes physiques (oreilles, forme du visage, yeux…) avec notre jeune garçon !



Au final nous obtenons une nouvelle composition de la photo cohérente familialement et temporellement :

Arbre des 2 familles :

Remettre des visages sur nos ancêtres apporte de fortes émotions. C’est une façon d’entrer un peu dans leur quotidien et mieux les comprendre. Cette photo présente une famille d’artisans aisés vivants dans le centre de Cherbourg. Pourtant cette famille n’a pas été épargnée par le sort. Leur fille ainée est décédée avant ses 2 ans et demi. Un jeune fils meurt accidentellement à 12 ans et demi. Les 2 filles sur la photo semblent avoir toute la vie devant elles, mais l’hygiène et la médecine n’étaient pas au niveau que nous connaissons aujourd’hui et elles meurent peu après de la tuberculose à 25 et 31 ans sans postérité. Alphonse (fils) a lui aussi eu la tuberculose en 1898 (cf dossier militaire) mais a survécu à cette épreuve. Il est donc le seul des 5 enfants à avoir une descendance (4 enfants avec 2 femmes) et décède à l’âge respectable de 85 ans. A cette époque pas de retraite et encore moins de maison de retraite, les anciens vivaient souvent chez leurs enfants. Les listes électorales de 1882 montrent que Aimable Le Granché habitait déjà chez son fils Alphonse, 5 ans avant son décès. Il meurt à 77 ans chez son fils comme le confirme son acte de décès.
Du coté des LESACHER les statistiques sont plus favorables car sur ses 5 enfants tous ont fondé une famille ! Beaucoup de recherches comme celle-ci montrent l’importance d’écouter avec attention la légende familiale qui est une mine d’informations irremplaçables sur la vie de nos ancêtres que ne relatent pas les documents administratifs. Pour autant, il faut garder son sens critique pour mettre à jour les exagérations voire dénicher des erreurs inévitables avec les effets du temps. La vérité peut tenir à un fil. Pour démêler le vrai du faux, il faut savoir exploiter et croiser chaque détail et ne négliger aucune source disponible. Dans cette énigme nous avons, bien sûr, utilisé les actes civils ou religieux mais aussi la comparaison avec d’autres photos, la physionomie, la morphologie, l’analyse des vêtements et des objets, les archives militaires, les recensements, les listes électorales et la recherche de cousins.
Autre point plus personnel, l’analyse et les enquêtes sur ces vieilles photos a transformé ma pratique. Maintenant, pour chaque photo prise, j’insère dans le nom du fichier la date, le lieu et les prénoms des personnes. Quand une personne n’est pas du cercle de ma famille, je rajoute systématiquement son nom de famille. Sur les photos les plus importantes (anniversaire, baptêmes, voyages, …) j’ai même tendance à ajouter au nom et prénom de chaque personne, les liens familiaux, personnels ou professionnels (je crée un fichier texte du même nom que la photo). Car nos photos seront aussi, pour les très rares qui échapperont à la perte numérique, regardées par les générations futures (un fichier numérique est incomparablement plus fragile qu’une modeste photo papier qui peut attendre des centaines d’années dans un vieux carton). Si certaines de mes photos arrivent dans 1 siècle ou 2 jusqu’à eux, j’espère pouvoir leur épargner la frustration d’avoir tant de photos avec tant de proches inconnus…
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