Entretien avec Monique Le Granché
Recueilli par Thomas Gauthron le 14 mars 2026
Cet entretien n’est pas une reconstitution chronologique de l’histoire familiale. Il s’agit avant tout d’un témoignage oral, dans lequel Monique livre ses souvenirs, ses impressions et les récits qui lui ont été transmis. Son intérêt réside moins dans les filiations que dans les portraits des membres de la famille et dans l’atmosphère de leur vie quotidienne.
« [ ] » les ajouts de note de Thomas Gauthron pour préciser ou compléter les propos

1. Alphonse Le Granché 1862-1948
Le portrait d’Alphonse est beaucoup plus réservé.
C’était un homme travailleur mais peu démonstratif avec ses petits-enfants.
Elle confirme plusieurs éléments :
- il travaillait énormément ;
- Félicie avait vingt ans de moins que lui ;
- elle est devenue veuve relativement jeune.
L’entretien apporte également une anecdote familiale originale concernant la rencontre entre Alphonse et Félicie.
[Germaine Cadroy 1885-1967] alors maîtresse d’Alphonse et future mère de Max Germain, aurait souhaité se débarrasser de lui et lui aurait présenté Félicie, qui deviendra finalement sa seconde épouse.
2. Félicie Raoult 1882-1957 : la véritable grand-mère de cœur
Parmi toutes les personnes évoquées, Félicie RAOULT est sans doute celle dont Monique parle avec le plus d’affection.
Elle explique que sa grand-mère s’est beaucoup occupée d’elle parce qu’elle n’était pas « la chouchoute » de sa mère Simonne. Simonne ayant privilégié d’autres enfants, Félicie s’est naturellement reportée sur elle.
Les vacances passées à Cherbourg chez sa grand-mère restent un excellent souvenir. Monique insiste également sur la générosité de Félicie, qui achetait des jouets et des vêtements à ses petits-enfants.
Elle affirme aussi que Félicie détestait Simonne, tout en précisant que cette dernière demeurait extrêmement pudique et ne parlait jamais de sa vie privée.
Le premier mariage de Félicie
Monique confirme plusieurs points importants :
- Félicie avait été mariée une première fois [X 1903 avec Paul L’HARDY 1880-1911]
- Elle n’avait pas eu d’enfant.
- Le mariage s’était terminé par un divorce [1908].
- Elle ignore les raisons de cette séparation.
Elle ajoute que, dans cette génération, le divorce demeurait un sujet honteux et que les femmes en parlaient très peu.
Thomas précise que le premier mari est décédé peu après le divorce ce qu’ignorait Monique.
[complément de Nicole Le Granché : Félicie n’était absolument pas une bonne grand-mère pour elle. Félicie constatant effectivement que Nicole était le chouchou de Simonne a fait qu’elle ne s’est pas intéressée à elle préférant défendre Monique]
3. La guerre et l’exil à Granville
Monique tient à employer le mot « exil ».
Pour elle, la famille d’Alphonse n’a pas simplement déménagé pendant la Seconde Guerre mondiale : elle a été contrainte de quitter Cherbourg pour se réfugier à Granville avant de revenir après la Libération.
Ce choix de vocabulaire montre combien cet épisode a marqué les souvenirs familiaux.
Le choix de Granville est peut-être pour rejoindre leur fils André déjà en poste là bas ?
4. Tante Andrée Le Granché 1894-1977 [la demie sœur d’André Le Granché]
C’était une vieille fille mais elle aimait rigoler.
Sa mère [Adrienne LE FEBVRE 1864-1895] étant morte quand elle avait 1 an, elle a été élevée par ses grands-parents :
- Alphonse Le Granché 1837-1924
- Lise De lesnerac 1835-1913
Cela explique probablement pourquoi elle connaissait aussi bien l’histoire familiale : elle a grandi auprès de deux personnes appartenant à une génération plus ancienne.
Elle a travaillé comme horloger avec son père
5. Les sœurs de Félicie
Monique garde un souvenir très sympathique des sœurs de Félicie, Yvonne Raoult 1890-1981 et Marie Raoult 1887-1959, qu’elle décrit comme des femmes joyeuses et pleines d’humour.
Elle précise :
- qu’elles avaient toutes deux divorcé ;
- qu’elles n’avaient pas eu d’enfant ;
- qu’Yvonne termina sa vie dans la région de Nice ;
- qu’elle l’a revu probablement pour la dernière fois lors de la communion de Patrick Le Granché.
Elle se souvient également qu’Yvonne avait épousé [Bernard Polanowski 1890 – ?] de confession juive.
6. André Le Granché 1911-1992
Le portrait d’André est très positif.
Monique explique qu’elle lui ressemble beaucoup.
Elle le décrit comme :
- solitaire ;
- calme ;
- passionné de bridge ;
- très investi dans son métier de commissaire de police.
Chaque samedi après-midi, il retrouvait ses amis pour jouer au bridge.
Il prolongea volontairement son activité professionnelle afin de retarder le moment où il devrait rester continuellement avec Simone.
Elle insiste également sur une règle familiale :
« Il y avait deux mondes différents : la maison et le travail. »
Jamais André ne parlait de son métier à la maison.
7. Simonne Latrouite 1914-2008
Le portrait de Simonne est le plus sévère de tout l’entretien.
Monique la décrit comme :
- une fille unique ;
- très gâtée par sa mère [Louise Ansot 1893-1938] ;
- ambitieuse socialement ;
- cherchant à paraître plus aisée qu’elle ne l’était réellement.
Elle résume son caractère par une formule très directe : « Tout pour sa gueule ! »
Simonne opposait régulièrement ses enfants entre eux afin de rester au centre de leur attention.
Monique raconte notamment que sa sœur Nicole s’était réjouie de la naissance de Patrick, pensant que leur mère s’occuperait enfin de quelqu’un d’autre qu’elle.
Ces propos relèvent du ressenti personnel de Monique et illustrent les tensions familiales qui ont marqué son enfance.
8. Paul Latrouite 1888-1977
Paul LATROUITE fait l’objet d’un portrait extrêmement contrasté.
Monique le qualifie sans détour de « vieux con ».
Elle lui reproche notamment :
- de privilégier systématiquement les garçons ;
- de considérer les filles comme des « emmerdes » ;
- de n’accorder d’importance qu’à Bernard Le Granché.
Elle raconte plusieurs souvenirs de vacances à Siouville, où toute la famille se retrouvait autour de lui.
9. La « bonne » et la seconde famille de Paul
Paul a eu 2 enfants [Jacques Latrouite 1941-2022 & Janine Latrouite] avec sa bonne de l’époque [Mauricette Cécile ECRE 1925-1993]. Cette femme le quitta finalement pour un second mari, avec lequel elle eut trois enfants. Elle revenait ensuite tous les deux ans à Cherbourg afin de rendre visite à ses premiers enfants et leur apporter des cadeaux.
Paul vivait ensuite avec une autre bonne appelée la Mère Jasselin [Jeanne Le Danois 1915 – 1981 épouse Georges Jasselin dont issue une fille Jeannine].
Selon Monique :
- cette dernière était devenue la véritable maîtresse de maison ;
- elle faisait aussi des ménages pour compléter ses revenus ;
- elle fut entretenue à la fois matériellement et affectivement par Paul.
Ces souvenirs éclairent une situation familiale assez atypique pour l’époque.
10. L’entreprise de LATROUITE – Nédélec
Avant-guerre, Paul LATROUITE avait quitté l’Arsenal avec une retraite proportionnelle.
Il créa ensuite une entreprise de chauffage central avec son associé Nédélec [Henri Nedelec 1881-1969].
Selon Monique, l’entreprise fonctionnait bien jusqu’à la guerre, qui entraîna son arrêt faute de matériel.
Elle rapporte également, avec beaucoup d’humour, une vieille histoire familiale selon laquelle Paul entretenait une relation avec l’épouse de son associé, [Germaine LERENARD 1895-1978], en ajoutant : « Il ne l’a pas piquée, il l’a juste empruntée ! »
11. Les générations les plus anciennes
Les connaissances de Monique deviennent beaucoup plus limitées.
Elle sait simplement que :
- [Adélaïde JEANNE 1864-1936] la mère de Paul LATROUITE tenait un café ;
- au-delà, les souvenirs familiaux disparaissent.
Cette limite marque la frontière entre la mémoire familiale et les recherches généalogiques qu’il appartient désormais aux archives de compléter.
Ce que révèle vraiment cet entretien
Au-delà des faits, cet entretien est surtout un témoignage sur la mémoire familiale.
Monique ne cherche jamais à dresser un portrait idéalisé de ses proches. Elle parle avec franchise, parfois avec rudesse, mais aussi avec beaucoup d’humour. Ses jugements sont souvent tranchés, illustrés par des anecdotes précises et des expressions très imagées.
L’entretien met également en lumière plusieurs thèmes récurrents :
- les rapports parfois difficiles entre les générations ;
- la place des femmes dans les familles du début du XXᵉ siècle ;
- le poids de la guerre et de l’exil à Granville ;
- les solidarités familiales ;
- les tensions entre vie professionnelle et vie privée ;
- la transmission des souvenirs d’une génération à l’autre.
Cette conversation constitue un document de grande valeur, non seulement pour reconstituer l’histoire de la famille Le Granché, mais surtout pour comprendre comment cette histoire a été vécue, racontée et transmise au sein de la famille. C’est précisément ce qui fait tout l’intérêt d’un témoignage oral.
Transcription intégrale
§ 1 – Introduction
Thomas : Coucou Monique, ça va bien ? C’est Thomas.
Monique : Ah ben oui, Thomas ! Comment vas-tu, mon grand ?
Thomas : Bien. Et toi ?
Monique : Ça va je suis au soleil de Normandie
Thomas : C’est bien ça !
Monique : Qu’est-ce que tu racontes
Thomas : Tu sais, on avait parlé de te faire des petites interviews. Tu te souviens ? Les petites interviews sur la famille.
Monique : Je ne comprends pas. Qu’est-ce que tu me parles d’interviews sur la famille ?
Thomas : Tu sais, on avait dit qu’il fallait qu’on se fasse des petites séances où tu me racontes un petit peu les ancêtres, et que je note tout ça.
Monique : Oh là là ! Tu te rends compte de tout ce qu’il faut que je te dise ?
Thomas : Il faut que tu me dises tout ! C’est ca.
Monique : Bon. Alors on commence par quoi ?
Thomas : On commence par quoi ? Soit on va d’André à Simonne, soit on commence par les ancêtres. Comme tu veux.
Monique : Ah ben c’est toi qui choisi. C’est toi le chef… le chef du projet.
§ 2 – Alphonse Le Granché et Félicie RAOULT
Thomas : Alors on va remonter. C’est qui le plus vieux Le Granché que tu connais ?
Monique : C’est Alphonse Le Granché et Le Grand Père Latrouite
Thomas : Alors faisons ton grand-père Alphonse Le Granché. Vas-y.
Monique : Le grand-père Le Granché il était horloger et il travaillait dans son appartement. Il recevait ses clients là. Il s’occupait pas du tout des enfants, il n’en n’avait rien à faire. Je sais même pas s’il savait qu’on existait encore.
Ma grand-mère, elle par contre, était très gentille.
Sa deuxième femme, puisque la première est morte en couches.
Thomas : Là, c’est Félicie. On parle bien de Félicie RAOULT ?
Monique : Voilà. Félicie RAOULT.
Thomas : D’accord. Et sur Alphonse, tu as quoi d’autre ?
Monique : Les petits-enfants, ce n’était pas son truc.
Monique : Absolument pas, il les ignorait. Jamais un mot gentil, jamais une caresse … rien, il travaillait encore à 80 ans. Il a quasiment travaillé jusqu’au bout de sa vie.
Thomas : Tu m’avais pourtant dit qu’il avait quand même de l’humour, qu’il était un peu pince-sans-rire ? Il ne s’intéressait pas à vous mais il n’était pas méchant ?
Monique : Non. Non, non. Absolument pas. On allait le voir chez lui, il parlait pas, il travaillait. Il a travaillé presque jusqu’au bout. A cette époque là, il n’y avait pas de retraite. Il était obligé de travailler. La grand-mère elle s’occupait de la maison. Moi j’aimais beaucoup ma grand-mère parce que c’était une femme très gentille. Elle m’aimait bien parce que elle détestait ma mère [Simonne Latrouite]. C’était vraiment une haine entre les 2. Et donc ma grand-mère m’aimait bien car ma mère m’aimait pas. Ma mère aimait ses garçons l’ainé [Bernard Le Granché] d’abord. Puis Nicole a été la chouchoute pendant une dizaine d’année. Et moi [entre les 2] elle s’occupait pas de moi. Elle me mouchardait quand je faisais des bêtises. Enfin bref elle était une bourrique ma mère. Et comme ma grand-mère détestait ma mère automatiquement quand elle venait à la maison elle compensait. Elle était veuve elle aillait chez ses enfants, elle faisait le tour des enfants
§ 3 – La guerre
Thomas : revenons à Alphonse
Monique : Alphonse c’est vite dit c’était un vieux machin qui bossait car il pouvait pas faire autrement.
Thomas : Alphonse est parti à Granville pendant la guerre ?
Monique : Oui il s’est réfugier à Granville et nous aussi nous étions à Granville. A un moment donné on s’est retrouvé avec eux.
Thomas : Tu as habité avec la famille d’Alphonse à un moment ?
Monique : Non on habitait pas ensemble, mais on se voyait.
Thomas : Vous étiez tous à Granville. D’ailleurs maman [Nicole] est née à Granville en 1942
Monique : Voilà et Gérard [fils d’Alphonse] avait 17 ans à ce moment-là. Je me rappelle quand on avait des réunions de famille, Gérard pétait, tout le monde évacué !
Thomas : (rire)
Monique : comme c’était la guerre ils devaient manger des trucs qui n’étaient pas si bon que cela !
Thomas : Pourquoi avaient ils choisi Granville ?
Monique : comme ca, ils se sont réfugiés à Granville et ils ont quitté Cherbourg. Peut être parce que mon père travaillait là-bas à ce moment là ? D’ailleurs Gérard a rencontrer sa femme Renée à Granville puis à travaillait là-bas aux impôts. Il a été jusque Bac mais à son grand désespoir il a dû arrêter car son père lui a dit, maintenant il faut que tu travail !
Thomas : Si on remonte encore plus haut, vers les parents d’Alphonse père et Lise Delesnerac, tu ne les as jamais connu toi ?
Monique : Non j’ai juste connu que Alphonse (fils) qui lorsque son cancer a été déclaré il a été vite emporté. Il a été opéré puis il est mort, pas sur la table d’opération mais juste après. et Félicie elle vivait de ses loyers, car ils avaient 3 maisons à Cherbourg
§ 4 – Tante Andrée Le Granché
Thomas : Revenons à Alphonse père. Et ta tante Andrée Le Granché elle tu l’aimais bien ?
Monique : Oui elle était marrante. C’était une vieille fille mais elle aimait rigoler ! d’abord car elle n’a pas voulu quitter ses grands-parents [Alphonse X Lise de Lesnerac] qui l’ont élevé. Sa mère est morte elle avait un an !
Thomas : Elle a travaillé avec son père.
Monique : Elle travaillait à une machine pour poser les verres de montre. Tante André n’a jamais quitté son père. Elle a été élevée par ses grands parents et a travailler avec son père.
§ 5
Thomas : Revenons à Félicie RAOUL, maintenant. Tu l’aimais bien, ta grand-mère Félicie ?
Monique : Ma grand-mère m’aimait parce que je n’étais pas la chouchoute de ma mère.
Thomas : C’est bien ça.
Monique : Oui. Et elle détestait ma mère Simonne.
Thomas : il y en a beaucoup qui la détestait
Monique : Comme maman avait pris ses chouchoux, il restait plus que moi donc elle a pas eu le choix, c’est de moi dont elle s’est occupée.
J’étais en vacances chez elle, à Cherbourg, quand j’étais petite.
Thomas : Elle vivait toujours à Cherbourg ?
Monique : Oui. Elle restait à Cherbourg, sauf pendant la guerre où ils ont déménagé.D’ailleurs, ils n’ont pas déménager, ils sont partis en exil !
Thomas : Oui ils sont partis en exil à Granville puis sont revenus à Cherbourg.
Monique : Oui.
Thomas : Félicie était beaucoup plus jeune qu’Alphonse.
Monique : Oui. Elle avait vingt ans de moins.
Thomas : Elle est donc devenue veuve assez jeune.
Monique : Oui.
Thomas : Félicie, elle avait bien connu Alphonse par sa maîtresse [Germaine Cadroy] ?
Monique : Oui c’est ca, c’est la maitresse d’Alphonse qui lui a refilé Félicie.
Elle [Germaine Cadroy] était la mère de Max Germain qui s’est mariée avec un monsieur qui travaillait le cuir, faisait des portefeuilles des objets comme ca
Elle a voulu se débarrasser d’Alphonse et lui a collé Félicie !
Thomas : Félicie avait déjà été mariée une première fois.
Monique : Oui mais elle n’avait pas eu d’enfant.
Thomas : C’était compliqué son 1er mariage et il est mort jeune son mari après le divorce. Tu sais pourquoi ce mariage s’est terminé ? Il était pas violent ou Alcoolique ?
Monique : non je sais pas elle était très pudique la grand-mère. A cette époque là les femmes avaient honte de divorcer.
Thomas : Bien sûr.
Thomas : Est-ce qu’ils s’entendaient bien, Alphonse et Félicie ?
Monique : Je ne sais pas, je les ai jamais vu ensemble.
Thomas : Tu ne les as jamais vus ensemble ?
Monique : Non, il travaillait, elle avait la maison à tenir. Franchement je les ai très peu vu ensemble. À l’époque, c’était comme ça. Ma grand-mère travaillait pas donc elle s’occupait de la maison et lui s’occupait de gagner les sous.
Thomas : Félicie avait plusieurs sœurs sympa.
Monique : Oui.
Thomas : Vous les aimiez bien ?
Monique : Yvonnes et tantes Marie c’étaient des rigolotes.
Mémé [Félicie] était plus sérieuse qu’elles ?
Thomas : Elles ont toutes les 2 étaient mariées, puis divorcé et elles n’ont jamais eu d’enfants ?
Monique : Non.
Yvonnes est morte du coté de Nice je crois [le 20 février 1981 Sospel, Alpes-Maritimes].
Bien qu’on la voyait plus, elle était venue, je crois, à la communion de mon petit frère [Patrick Le Granché]
Elle était mariée [Bernard Polanowski] à un Juif.
Thomas : et André, tu te souviens bien de ton père. Il était sympa, André ?
Monique : C’était un homme, je lui ressemble, il était assez solitaire ?
Par exemple, à Granville, il avait des amis et tous les samedi après-midi il jouait au bridge depuis des années. Avec ma mère, on allait le chercher vers quatre heures et demie en fin d’après-midi, et on le ramenait à la maison. Tu vois c’était une vie spéciale, pas vraiment une vie de couple. Il avait ses activités et ma mère elle s’occupait de nous normalement.
Thomas : Elle était tellement pénible, heureusement qu’il avait ses activités !
Sinon, ce n’était pas tenable pour lui ?
Monique : Tu sais que quand il était vieux, il avait travaillé si vieux que ca car il ne voulait pas se retrouver avec maman
Thomas : On le comprend.
Monique : Son travail l’occupait beaucoup. Elle ne savait pas quoi faire.
EtPatrick est arrivé sur le tard. Donc il y avait Patrick à s’occuper. Et mon père ca l’intéressait pas de s’occuper de son fils
Thomas : C’était l’époque.
Monique : Lui il gagnait l’argent et puis basta ! et la mère s’occupait des enfants
Thomas : Et ca devait être intéressant une carrière de Commissaire de police ?
Monique : Donc je sais pas car on ne parlait jamais du travail à la maison.
Il y avait deux mondes différents la maison et le travail.
André était resté proche d’un de ces collaborateurs, ma mère était furieuse car il n’était que un ancien secrétaire. Elle ne comprenait pas qu’il le prenne comme amis. Simonne avait des prétentions. Elle aurait voulu craner alors qu’elle n’avait rien.
Thomas : Oui. Elle était comme ca Simonne.
Monique : Tout pour sa gueulle ! et ses enfants elle les aimaient puis après les aimer plus ! Un pion chassait l’autre
Thomas : Oui elle divisait pour rester au centre
Monique : Je me rappelle tu pourras demander à ta mère, Nicole, était contente d’avoir un petit frère car maman allait la laisser tranquille. Elle avait 12 ans elle commençait à avoir des gouts d’indépendance au lieu d’avoir une mère toujours à s’occuper d’elle. Elle était spéciale.
Thomas : Simonne, pourquoi était-elle comme ça ?
Monique : C’était une fille unique. Et sa mère n’avait qu’elle. Sa mère s’occupait énormément d’elle.
Thomas : Tu as connu sa mère ?
Monique : Non, j’avais deux ans, même pas, quand elle est morte.
Thomas : Simonne est ce qu’elle aimait sa mère ? elle en parlait de sa mère ?
Monique : Simonne c’est difficile de savoir ce qu’elle aimait ou pas… À part elle… c’était elle en premier !
Thomas : Ca a du être dur de perdre sa mère jeune ?
Monique : Elle avait son chéri donc elle était libre à ce moment-là. Je pense que sa mère lui servait beaucoup.
Sinon Ma grand-mère [Félicie] s’occupait de nous. Elle nous achetait des jouets, des affaires. Elle nous gâtait beaucoup.
§ 6
Thomas : Et ton grand-père Paul LATROUITE, il était un peu bizarre non ?
Monique : C’était un vieux con.
Les filles ne comptaient pas, il y en avait que les garçons ! Car les filles s’etait des emmerdes
Monique : je te raconte une anecdote. En vacances tous les ans à Siouville, on allait chez le grand Père Latrouite. Il y avait sa bonne, sa bonne « à tout faire ». Ma mère venait à Siouville car elle n’avait rien à faire. Le midi on allait manger au restaurant et le soir on mangé la soupe chez le grand père et elle n’avait rien à faire pendant ce temps-là ! Vraiment, c’était une connasse.
PourPaul LATROUITE, il n’y avait que Bernard Le Granché qui comptait. Les autres ils comptaient pas !
Quand il a eu son fils il est devenu le chouchou. Les filles s’étaient que des emmerdes, il voulait pas s’en occuper. Par contre, il leurs interdisait beaucoup de choses.
Thomas: oui car Paul s’est retrouvé à nouveau père très âgé. Quand il a eu les enfants avec sa bonne, il était déjà âgé. Il était comment avec eux ?
Monique : Là il faut reconnaitre qu’il a été correct. Car la bonne femme a foutu le camp avec un 2ème mari. Elle a fait des colonies. Elle revenait tous les deux ans en France.
Je me souviens qu’elle venait tous les deux ans chez le grand-père, à Cherbourg, apporter des cadeaux aux enfants. Elle les voyait une fois tous les 2 ans ! Puiselle a eu 3 enfants avec son deuxième mari.
Thomas : Trois enfants avec son second mari, je ne savais pas.
Monique : Je ne peux pas te dire leurs noms, on ne les fréquentait pas. Elle venait justement à Siouville tous les deux ans. Il n’y avait pas la pillule à cette époque, il fallait prendre ce qui arrivait !
Thomas : Donc, Paul, ce n’était pas vraiment le meilleur grand-père pour vous.
Monique : Je me rappelle quand on était à table puisqu’on mangeait tous les soirs chez lui, ma sœur [Nicole] et Janine traitaient le grand père de « vieux con ». C’était leur vengeances. Mais comme il était sourd dingue mais il fallait se méfier de la mère Jasselin qui aurait bien mouchardé pour se rendre interessante.
Thomas : Et Paul il a créé une entreprise.
Monique : Avant-guerre, il a quitté avec une [retraite] proportionnelle de l’Arsenal. Il a monté une boite avec un copain. Une boite qui faisait du chauffage central.
Thomas : Et il a piqué la femme de son associé ?
Monique : Il ne l’a pas piqué, il l’a juste emprunter.
Thomas : Il rendait service à son copain?
Monique : Son copain Nédélec était peut-être trop fatigué, un peu éteint !
soit il voyait rien, soit il s’en fichait. Le grand père faisait fonctionner la boite et s’occuper de sa femme !
Thomas : Leur entreprise a bien marché.
Monique : Oui mais ils ont du arrêter pendant la guerre car il n’y avait plus de matériel. Par la force des choses ils ont du arrêter
Thomas : Après la guerre, ils n’ont pas repris le travail ?
Monique : Non, ils étaient trop âgés.
Et Il avait sa proportionnelle de l’Arsenal pour vivre.
Mais ce n’était pas une grosse retraite. Mais il se débrouillait faisait son jardin. Il avait une maison qui lui coutait pas cher donc il s’en sortait ! Et il était très économe. Il écrivait sur le tableau ce qu’il devait faire comme menu et il marquait un tas de chose de renseignement. Il devait être sérieux car il avait 2 gamins à élever, c’est pas évident. Et pour la bonne il n’y avait pas que la récompense au lit, il fallait lui filler de l’argent. Sa bonne avait une fille d’un mariage précédent. Et cette fille habitait en face du grand père. Et je m’en rappelle elle avait pas de douche et venait prendre son bain chez le grand père. Et le grand père devait la caresser en même temps pour la récompenser ?
Thomas : Comment il faisait pour avoir les moyens de s’offrir une bonne ?
Monique : En nature déjà et il la nourrissait. Elle faisait des ménages pour gagner de l’argent. On l’appelait « Mère Jasselin ».
Elle n’était pas très maligne d’être avec le grand père.
Thomas : Pourtant, elle est restée longtemps. Pourquoi ?
Monique : Elle était bien, elle se sentait la patronne. Elle n’était pas considérée comme une bonne mais considérée comme une patronne.
Thomas : Tout le monde savait qu’elle vivait avec Paul.
Monique : C’était devenu la femme de la maison. Paul n’était pas méchant avec elle. Il l’a soigné ! En nature surtout car il n’avait pas beaucoup d’argent à lui donner.
Heureusement après sa fille elle pouvait plus avoir d’enfant car le grand père n’aurait pas pu assumer.
Et Jacques a couchait avec la fille de la mère Jasselin… c’était une tradition familiale
Thomas : Les parents de Paul LATROUITE, tu ne les as jamais connus ?
Monique : Non.
Thomas : Ils ne tenaient pas un café ?
Monique : Oui la mère de Paul tenait un café.
Thomas : Donc, au-dessus de Paul, tu ne sais pratiquement rien.
Monique : Non, c’est trop loin
Thomas : Bon… Merci pour tout ça.
Monique : A ton service tu sais que je suis ta tante préférée !
Thomas : oui, tu es ma tante préférée, je te confirme !
(Rires.)
Monique : Et ta fille [Sophie], elle se plaît toujours à Lyon ?
Thomas : Oui, elle s’y plaît bien.
…
Fin de l’entretien
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