Joseph Gauthron (1863-1938) inspecteur des eaux et forets

Mon arrière grand père paternel s’appelait Joseph Gauthron. Il était inspecteur principale des eaux et forêts en haute Savoie, fils de Laurent Gauthron lui même Garde Forestier avant lui.

Lui et sa femme Marie Louise Besson 1867-1953 sont morts il y a bien longtemps, plus personne n’est en capacité de les décrire.

vers 1903 – Bonneville – René, Joseph (père) Lucie, Robert et Maurice Gauthron avec Marie Louise Besson

J’avais demandé à Tatiana dite Tania Sonine 1921-2017, épouse de Robert Gauthron 1902-1976, quelle opinion elle avait de ses beaux-parents. Elle ne dut rencontrer ses beaux-parents qu’à de rares occasions, puisqu’elle vivait à Madagascar, tandis que Joseph et son épouse résidaient à Bonneville, en Haute-Savoie. Elle en gardait une image très négative. Selon elle, il s’agissait de petits fonctionnaires ternes et sans grande envergure. Elle décrivait, me semble-t-il, Marie-Louise comme une femme acariâtre.

Il faut toutefois replacer ce jugement dans son contexte. L’union de Robert avec une jeune Russe de vingt ans sa cadette était sans doute perçue comme peu conventionnelle à l’époque. La famille de Robert avait probablement du mal à accepter, ou simplement à assumer, cette situation. Dans ce climat que Tania pouvait ressentir comme hostile, les qualités de ses beaux-parents lui étaient peut-être moins visibles. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils en étaient dépourvus, mais plutôt qu’elles ont pu s’exprimer plus difficilement dans des circonstances aussi tendues.

En juillet 2026, j’ai demandé à Sophie Mairiniac, née Gauthron, quelle image ses grands-parents avaient laissée au sein de la famille.

Sophie a toujours entendu parler de Joseph Gauthron en termes très positifs.
Son père, Maurice Gauthron, éprouvait beaucoup d’affection et même une véritable admiration pour son grand-père. Il gardait notamment le souvenir de leurs promenades dans la montagne et racontait que Joseph lui avait transmis son amour de celle-ci.
Mais Maurice voyait peu souvent ses grand parents car visiblement Joseph ne voulait pas trop bouger.

Il y a quelques mois, Sophie a montré une photographie de Joseph à sa tante Marie-T. À sa grande surprise, celle-ci a alors prononcé une phrase qui ne ressemblait guère à un compliment : « Lui, il n’aimait que sa femme. » Cette remarque traduit-elle une relation plus difficile entre Marie-T. et son grand-père ? Joseph s’intéressait-il davantage à ses petits-fils qu’à ses petites-filles ? En l’absence d’autres témoignages, il est difficile de le déterminer.

De mon coté lorsque j’ai rencontré Marie-T. pour la première fois, en 2014, elle semblait très fière de la carrière de son grand-père, Joseph Gauthron. D’après ses souvenirs, celui-ci aurait participé ou conseillé plusieurs chantiers emblématiques de la région notamment :

  • la construction du chemin de fer à crémaillère du Montenvers, surnommé le « Train rouge » ;
  • la construction de l’ancien refuge des Grands Mulets, situé à 3 051 mètres d’altitude.

À ce jour, je n’ai toutefois trouvé aucune source permettant de confirmer sa participation à ces deux projets.

Sophie ne conserve par ailleurs aucun souvenir précis de ce que la famille pensait de l’épouse de Joseph, Marie-Louise Besson. Une seule anecdote lui est parvenue, répétée à plusieurs reprises par Moulouc (Germaine Pingon), ce qui lui confère une certaine vraisemblance. Le jour du mariage, Marie-Louise Besson aurait demandé à Moulouc si elle était vraiment certaine de vouloir épouser Poulouk, tant celui-ci avait mauvais caractère.

Revenons aux faits avec ci dessous une synthèse des Grades militaires de Joseph :

Grade militaire – Dates Affectations – affectation
Chasseur forestier – 1.10.1882 – Élevé à l’école des Barres
Chasseur forestier – 1.10.1884 – Garde forestier auxiliaire
Chasseur forestier – 2.11.1888 – Garde domanial
Chasseur forestier reserve de l’armée active – 1.07.1889 – Garde domanial
Chasseur forestier – 14.11.1889 – Garde domanial comptable à l’école des Barres
Chasseur forestier – 15.10.1891 – Brigadier élève à l’école secondaire des Barres
Sous lieutenant – 11.10.1893 – Garde général stagiaire
Sous lieutenant – 9.12.1893 – 97 régiment d’infenterie
lieutenant – 7.08.1895 97 – régiment d’infenterie
lieutenant – 16.06.1900 – Passé au 1er Regiment de chasseurs à pieds (à la suite)
lieutenant – 15.01.1902 – Passé sur sa demande au 11 régiment de Chasseur à pieds (dépot commun?)
Capitaine – 14.06.1903 – Passé à la 5 compagnie de chasseurs forestiers
Capitaine – 29.04.1910 – affecté au 7ème d’etat major de la 14 Ré??
Chef de bataillon – 7.11-1911 – affecté au 7ème d’etat major de la 14 Ré??
Chef de bataillon – 19.04.1913 – affecté à l’etat major du gouvernement Mr de Briançon
Chef de bataillon – 2.08.1914 – Mobilisé à Briançon (1)
Chef de bataillon – (pas de date) – Mobilisé à Briançon chef d’état major du 5 nov 1914 au 15 juin 1915
Hors cadre sur la demande de l’Administration forestière – 11.06.1915 – Cesse le service à Briançon le 15 juin 1915
Chef de Bataillon – 26.05.1922 – Passé aux services spéciaux du territoire de la 14è region
Chef de Bataillon – Lettre du ministre de la guerre du 10 mars 1925 au decret du 7 fevrier et ?? du 20 février 1925 – Rayé des cadres de reserves officier honoraire avec le grade de Chef Bataillon

et synthèse des étapes de sa carrière :

Grades et Classes – Résidences – Date nomination – Date installation – Ans – mois – jours – raison de l’interruption de service
– – – – – – –
Service militaire – – – – 1 – 11 – – Elève à l’école de Barres
– – – – – – –
Garde Auxilaire – Censeau (jura) Gap (Htes Alpes) et Chambery (Savoie) – 17/10/1884 – 17/10/1884 – – – –
Garde domanial – Coisia (Jura) – 26/11/1888 – 24/12/1888 – 4 – 3 – 23 –
Garde domanial : Comptable à l’école des Barres – Ecole des Barres (Loiret) – 24/11/1889 – 01/12/1889 – – 11 – 7 –
Brigadier élève à l’école de Barres – Ecole des Barres (Loiret) – 13/10/1891 – 15/10/1891 – 1 – 10 – 14 –
Garde général stagiaire – Bourg saint Maurice (Savoie) – 14/10/1893 – 26/10/1893 – 2 – 0 – 11 –
Garde général de 3è classe – Bourg saint Maurice (Savoie) – 07/08/1895 – 07/08/1895 – 1 – 9 – 11 –
Garde général de 2è classe – Bourg saint Maurice (Savoie) – 29/07/1898 – 01/07/1898 – 2 – 10 – 24 –
Garde général de 1è classe – Bourg saint Maurice (Savoie) – 24/11/1900 – 01/10/1900 – 2 – 3 – 0 –
Inspecteur adjoint 3è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 14/03/1903 – 01/06/1903 – 2 – 8 – 0 –
Inspecteur adjoint 2è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 01/03/1907 – 01/03/1907 – 3 – 9 – 0 –
Inspecteur adjoint 1è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 29/05/1911 – 01/05/1911 – 4 – 2 – 0 –
Inspecteur 4è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 01/08/1911 – 07/02/1912 – 0 – 9 – 7 –
Inspecteur 3è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 21/08/1913 – 01/08/1913 – 1 – 5 – 23 –
Inspecteur 2è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 07/08/1916 – 01/07/1916 – 2 – 11 – –
Inspecteur principal 1è classe – Bonneville (Haute Savoie) – 01/01/1922 – 01/01/1922 – 5 – 6 – –
Liquidation de sa retraite – Bonneville (Haute Savoie) – – 15/08/1931 – 9 – 8 – –
– – – – – – –
– – – TOTAL – 48 – 11 – –

et décorations :

Mérite Agricole (chevalier) – 09/03/1907
Officier du mérite Agricole – 20/08/1924
Chevalier de la légion d’honneur – 29/01/1927

Pas d’écrit familiaux à son encontre. Par contre, nous pouvons nous référer aux articles qui évoquent sa personnalité et sa carrière.

Article de 1930 consacré à la remise de sa légion d’honneur.

LE « PETIT DAUPHINOIS » DU LUNDI 1er DECEMBRE 1930

BONNEVILLE.
Banquet des pêcheurs. — Les sociétés
de pèche de l’arrondissement de Bonneville
ont tenu, à Cluses, une réunion
importante.
   L’objet principal en était. la remise
solennelle des insignes de la Légion
d’honneur à M. Gauthron, inspecteur
des Eaux et Forêts de Bonneville, qui,
depuis longtemps, est apprécié dans la
région pour son remarquable dévouement
professionnel.
   Un banquet avait été organisé à
l’hôtel Central, tenu par M. Vidal.
L’ordonnance du menu fut impeccable et la
chère délicieuse. Au dessert, M.
Sylvestre, le sympathique président des
pêcheurs clusiens, félicita M. Gauthron
et prononça le discours suivant que
nous sommes heureux de reproduire :
« Monsieur Gauthron,
« A l’occasion de votre promotion, la
fédération des sociétés de pêche du
Faucigny a tenu à vous apporter un
témoignage de son affection. Nous avons
appris votre nomination au grade de
Chevalier de la Légion d’honneur avec
une joie sincère et la Fédération a
attaché du prix à vous offrir les
insignes de cette distinction. Au nom de
l’innombrable et paisible armée des
pêcheurs à la ligne du Faucigny, j’ai
l’honneur, cher Monsieur Gauthron, de
vous remettre cette croix. Vous avez été
le fondateur de notre Association. Il
était conforme à la règle que vos
enfants spirituels fussent les premiers à
vous féliciter et à se réjouir de
l’honneur qui vous échoit.
« Mais hélas, notre joie n’est pas sans
mélange. Atteint par la limite d’âge,
vous êtes admis à faire valoir vos
droits à la retraite. A la pensée de votre
départ, vous nous voyez désemparés,
car en vous perdant, notre fédération
va être privée d’un chef et d’un ami.
« Vous comptez 46 années de service
dans cette belle administration trop peu
connue du public : « le corps des Eaux
et Forêts ». Dans un pays comme le
nôtre, où la protection et l’utilisation
judicieuse de nos richesses paraissent
avoir moins de prix que nos dissensions
politiques, il est profondément regrettable
d’assister, faute de crédits judicieusement
répartis et faute de personnel,
à la destruction de nos rivières
et de nos forêts. Ce défi au bon sens
comporte parfois de sévères leçons. A
la pénurie de vos moyens, vous avez
suppléé par votre vigilance et l’opiniâtreté
de votre labeur.
« Pendant 28 ans, vous avez exercé à
Bonneville les fonctions d’Inspecteur
Principal. Ceux qui vous ont approché
ont mesuré l’étendue de vos connaissances
et la valeur des conseils que
vous leur avez toujours donné avec la
plus exquise bonhomie. Vous êtes pour
nous l’homme qui a peuplé nos torrent,
qui a protégé nos arbres, et disons le
mot, favorisé les amours immémorials
de la truite et du pêcheur à la ligne.
Ce sont là des titres suffisants à notre
reconnaissance.
« Vous avez donné à la France un
fils mort des suites d’une grave blessure
contractée le 9 mai 1915, à l’attaque
des tranchées allemandes d’Ablain-St-
Nazaire. Le lieutenant Maurice Gauthron
était un brave, adoré de ses
hommes. D’un entrain magnifique lorsqu’il
fallait partir à l’assaut, il était,
en outre, par sa gaieté et son courage
tranquille, d’un réconfort précieux
pour ses soldats pendant les mornes
heures de la vie de tranchées. Vous
avez supporté ce deuil avec la résignation
dont seuls sont capables ceux
qui ont voué leur vie à la chose publique.
Vous-même, pendant la guerre,
vous avez tenu, malgré votre âge, à
accomplir votre devoir militaire. Vous
avez, en effet, rempli les fonctions de
chef d’Etat-Major de la place de Briançon.
« Vous avez été, Monsieur, durant
votre carrière, le modèle du vrai et
honnête fonctionnaire français qui
remplit loyalement et joyeusement sa
lâche, pour qui la fonction n’est pas
un but, mais le moyen de se dévouer
au bien public.
« Au nom de tous ceux qui ont été
les témoins de votre labeur, il m’a plu
de rappeler votre noble vie de
fonctionnaire et de citoyen.
« Nous n’avons pas voulu vous voir
partir, cher Monsieur Gauthron, sans
vous dire les sentiments d’estime que
nous avons pour vous. Votre souvenir
restera longtemps au coeur de la
Fédération ».
M. Gauthron a remercié en termes
émus, et a donné l’assurance aux
membres de la Société de pêche qu’il
leur continuerait dans sa retraite, l’aide
et le dévouement qu’il avait eu à
coeur de leur témoigner au cours de
sa longue carrière dans notre
arrondissement

Cet article relate la cérémonie organisée par les sociétés de pêche de l’arrondissement de Bonneville en l’honneur de leur fondateur, Joseph François Gauthron, à l’occasion de son départ à la retraite et de la remise de la Légion d’honneur.

Il reproduit le discours particulièrement émouvant prononcé lors de cette cérémonie. Il y apparaît comme un homme apprécié de tous, un fonctionnaire exemplaire et profondément dévoué au service public. On y apprend notamment qu’il choisit de rester mobilisé pendant la Première Guerre mondiale en qualité de chef d’état-major de la place de Briançon, alors qu’il avait déjà dépassé l’âge de cinquante ans.

Le texte évoque également le destin tragique de son fils Maurice Gauthron, mort pour la France (article Lieutenant Maurice Gauthron †1919 mort pour la France), et la douloureuse épreuve que représenta cette disparition pour son père.

Enfin, le discours surprend par sa modernité : il développe une véritable réflexion sur la protection de la nature, appelant au respect des forêts et des rivières. Un message que l’on qualifierait aujourd’hui d’écologiste.

Et un autre article concernant ses funérailles en 1938 :

Transcription :

LE PETIT DAUPHINOIS du 27 novembre 1938

BONNEVILLE

Funéraille de M. Gauthron — Elles
ont été, vendredi après-midi, l’occasion
d’une imposante manifestation de symp-
pathie à l’égard du regretté inspecteur
principal en retraite des Eaux et Forêts.
Dans le cortège, que conduisait la fan-
fare municipale, nous avons relevé la
présence d’un grand nombre de maires
faucignerands et de nombreuses person-
nalités administratives et politiques, no-
tamment MM. Gaston Villéger, sous-pré-
fet ; Félix Braise sénateur ; Vallet,
Ruin, Jay et Merlin, conseillers géné-
raux ; Zéphirin Cheneval et Xavier Cop-
pel, anciens membres de l’assenblée dé-
partementale ; Sylvestre Favre et Kan-
naud, conseillers d’arrondissement.

L’administration forestière était re-
pesentée par les officiers de l’inspection
de Bonneville, aux cotés desquels étaient
venus s’ajouter, MM. Graber, inspecteur
principal à Annecy ; Rosay, inspecteur-
adjoint à Annecy ; Perrault, inspecteur
honoraire ; Delavenna, inspecteur à Tho-
non.

Entourant le cerceuil, les gardes fo-
restiers de l’arrondissement formaient
une escorte d’honneur. Aux coins du
drap mortuaire se trouvaient : MM. Mo-
rel-Frédel, président honoraire du tri-
bunal ; Prieur, inspecteur des Eaux et
Forêts, à Bonneville ; F. Merlin maire
de Petit-Bornand, conseiller général; Jo-
seph Rannaud, maire de Sixt, président
du Conseil d’arrondissement.

Devant l’entrée du cimetière, la bril-
lante carrière du défunt qui était à la
fois officier de l’Instruction Publique et
chevalier de la légion d’Honneur, fut
tour à tour retracée par M. Prieur, son
successeur à l’inspection de Bonneville
et par M. Thalvard, directeur de l’Ecole
normale qui rendit plus spécialement
hommage au vieil administrateur de
l’Ecole et au delégué cantonal.

Nous renouvelons à la famille nos sin-
cères condoléances.

Novembre 1938 – Madagascar – Faire part de décès de François Joseph Gauthron édité par son fils Robert.
Tombe de Joseph Gauthron à Bonneville


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